Auteur : Nicolas Changarnier (26 avril 1793 - 14 février 1877)
Date : le 24 novembre 1836 à Coudiat-Aty près de Constantine, Algérie
Contexte historique :
Né dans une famille provinciale royaliste, Nicolas Changarnier est inscrit à l'école militaire de Saint-Cyr. Sorti sous-lieutenant, il est affecté par la suite au 60ème de ligne. C’est avec ce régiment qu’en 1823, il s’illustre en Espagne sous la direction du maréchal Moncey : à la tête de quelques hommes, il disperse un bataillon de cavalerie espagnole et capture le cheval de leur chef après avoir tué ce dernier.
Mais c’est en Afrique, où il se rend en 1830, que le militaire va acquérir toute sa gloire. Après l’expédition d’Alger, il se fait remarquer en 1835 lors de la bataille de Sidi Embarek, puis surtout l’année suivante lors de la première expédition de Constantine. Après avoir mis le siège devant la ville le 21 novembre 1836, les Français sont contraints de reculer devant la résistance des constantinois. A la tête du bataillon du 2ème léger, le commandant Changarnier est chargé de diriger l’arrière-garde afin de couvrir la retraite de l’armée française du maréchal Clausel. De cet ordre venu de l’Etat-Major, il dira un mois plus tard dans une lettre que « c’était en apparence un honorable arrêt de mort que je venais de recevoir ».
Lorsque 6000 goumiers d’Ahmed attaquent l’arrière-garde française à Coudiat-Aty, seul le sang-froid de Changarnier lui permet de sauver son bataillon. Selon la lettre citée plus haut, il se serait adressé à ces hommes ainsi :« Les armes inclinées annonçaient que nos hommes allaient tirer, et je ne doute pas que mon pauvre petit carré n'eût été bientôt enfoncé, quand je m'écriai : « Soldats, à mon commandement !... Vive le Roi ! » Ce cri fut unanimement et vigoureusement répété, les armes se redressèrent, je vis clair dans mon échiquier et je sentis que j'étais maître de mes hommes. C'est alors que je leur dis : « Ils ne sont que six mille, et vous êtes deux cent cinquante ; vous voyez donc bien que vous n'avez rien à craindre ! Vive le Roi ! » A ce cri poussé par moi, je dois à la vérité de dire que tout le carré répondit, cette fois, par le cri de : « Vive notre commandant ! » Tout le monde était électrisé. »
Formés en carré, les Français attendent posément l’ordre de leur commandant avant de faire feu à bout portant sur les assaillants, par un feu de deux rangs très efficace. Les constantinois abandonnent rapidement l’assaut, permettant à l’armée française de se retirer vers Alger.
Nommé lieutenant-colonel suite à ce fait d’arme, Changarnier reste encore de nombreuses années en Algérie, avant de rentrer en France où il se présente l’élection présidentielle du 2 mai 1848 sous une bannière légitimiste. Son nom recueillera moins de 5 000 suffrages (soit 0,07 %), loin derrière les plus de 5 millions de voix recueillies par Louis-Napoléon Bonaparte. Opposant de ce dernier, il est arrêté puis exilé après le coup d’état du 2 décembre 1851. Revenu en France, il participe à la guerre de 1870, puis est élu député en 1871 puis sénateur en 1875.