Auteur : Napoléon (15 août 1769 - 5 mai 1821)
Date : le 20 avril 1814 à Fontainebleau
Contexte historique :
Ces mots sont issus du discours fait par Napoléon le 20 février 1814 lors de ce qui est communément appelé les adieux de Fontainebleau.
Suite à la campagne de France, les coalisés sont entrés dans Paris et poussent le Sénat à démettre l'Empereur. Napoléon est très isolé, et ses maréchaux ne semblent plus vouloir le suivre. Après la trahison de Marmont qu'il avait chargé de reprendre Paris, Napoléon signe le 6 avril un acte d'abdication définitive et inconditionnelle. Il obtient pour toute compensation la souveraineté de l'île d'Elbe où il doit être exilé avec quelques fidèles et un millier de soldats. Le départ est fixé pour le 20 avril.
Ce jour-là, dans la cour du Cheval Blanc du château de Fontainebleau, qui deviendra la cour des Adieux, Napoléon dans son traditionnel habit de colonel des chasseurs à cheval de la Garde apparaît en haut du grand escalier du Fer à cheval. Il assiste à la présentation des armes du Premier Régiment de grenadiers à pied de la Vieille Garde commandé par le général Petit.
Puis dans un silence absolu, Napoléon s'adresse à ses soldats avec qui il a partagé tant de batailles :Officiers, sous-officiers et soldats de ma Vieille Garde, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai toujours trouvé sur le chemin de l'honneur et de la gloire. Dans ces derniers temps comme dans ceux de notre prospérité, vous n'avez cessé d'être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre cause n'était pas perdue, mais la guerre était interminable, c'eût été la guerre civile, et la France n'en serait devenue que plus malheureuse. J'ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie ; je pars. Vous, mes amis, continuez à servir la France. Son bonheur était mon unique pensée ; il sera toujours l'objet de mes voeux ! Ne plaignez pas mon sort : si j'ai consenti à me survivre, c'est pour servir encore à votre gloire. Je veux écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble.
Après avoir été acclamé par la Garde, l'Empereur déchu poursuit avec émotion : "Je voudrais tous vous presser sur mon coeur ! Que j'embrasse au moins votre drapeau !" puis encore "Adieu, mes enfants !", avant de s'engouffrer dans la voiture qui l'attend.