Auteur : Emmanuel Joseph Sieyès, dit l'Abbé Sieyès (3 mai 1748 - 20 juin 1836)
Date : 10 août 1789
Contexte historique :
Cette phrase ponctue le discours prononcé à l'Assemblée le 10 août 1789 par l'abbé Sieyès dans le débat sur le rachat des "dîmes écclésiastiques".
Cette proposition faisait suite aux décisions prises le 4 août énonçant l'abolition des privilèges. Ce jour-là, le Vicomte de Noailles et le Duc d'Aiguillon montent à la tribune pour demander aux députés d'accorder ce que réclame le peuple : l'abolition des corvées seigneuriales, des servitudes personnelles et le rachat des droits féodaux. Les représentants de la Noblesse et du Clergé se succèdent à la tribune où ils déclarent renoncer à leurs privilèges. Mille ans de féodalité viennent de s'écrouler.
Le 10 août, Sieyès prononce un discours dans lequel il défend la dîme, impôt en faveur du clergé, qui doit elle-aussi être abolie. Sieyès pense que la suppression de la dîme se ferait au grand détriment du clergé et au bénéfice des propriétaires et non des paysans. L'abbé clot son discours ainsi :
"Ne s'agit-il que de frapper le Clergé ? Pas au prix d'une injustice. Ne faisons pas dire à la France, à l'Europe, que le bien même, nous le faisons mal. Ils veulent être libres et ils ne savent pas être justes !"
Malgré ce discours qui marque l'Assemblée, la dîme est supprimée le lendemain sans indemnité. Sieyès est vivement critiqué par certains députés qui pensent qu'il défend les biens du Clergé, voire même ses biens propres. Mirabeau lui dit alors : "Mon cher abbé, vous avez déchaîné le taureau, et vous vous plaignez qu'il frappe de la corne".